mardi 14 octobre 2008

MR73

Marseille, pleine nuit. Un drôle d’individu alcoolisé se déplace péniblement d’un siège à l’autre dans un bus… Il allume une cigarette que le chauffeur va poliment lui demander d’éteindre. Le type sort son flingue, le braque sur le chauffeur et lui demande de le ramener chez lui. Quelques secondes plus tard, le bus est interpellé par les forces de l’ordre et l’individu neutralisé.

Ce type c’est notre « héros » du jour, Louis Schneider. Il n’en a pas franchement l’air, mais c’est un flic et apparemment un bon flic. L’affaire du bus est étouffée, le chauffeur ne portera pas plainte et Louis obtiendra la grâce de ses supérieurs, compte tenu de ce qu’il endure en ce moment. Souffrance dont on découvre l’origine petit à petit, tout au long du film.

Parallèlement plusieurs histoires nous sont contées. Notamment celle d’un tueur en série qui sévit dans la ville. Des jeunes femmes sont retrouvées mortes, ligotées, nues et violées. Autant vous dire que ce n’est pas franchement joli joli à voir. Louis est en charge de l’affaire, jusqu’à ce qu’on la lui retire car il faut bien l’avouer, notre flic n’est pas des plus exemplaires. Il boit comme un trou, fume comme un pompier et agit avec son instinct, se moquant pas mal des protocoles. Il n’empêche qu’il est doué et qu’il trouve, petit à petit, les indices qui pourront le mener (ou pas) jusqu’à l’assassin.

La seconde histoire que vit notre flic brisé est liée à une jeune femme, Justine. 25 ans plus tôt, un tueur sans scrupules a assassiné ses parents dans une violence inouïe, la laissant orpheline. Aujourd’hui, le meurtrier va être libéré pour bonne conduite. Il dit avoir trouvé sa voie grâce à Dieu et réussit à convaincre ses psychiatres. Justine apprend la nouvelle de son avocat. Désemparée et révoltée, elle va trouver Louis qui avait fait arrêter l’assassin 25 ans auparavant. Tous deux détruits par ce qui leur est arrivé, ils vont tenter de survivre et de se soutenir mutuellement.

Au fil de l’histoire, on apprend également ce qui est arrivé à Louis, ce qui l’a rendu si misérable… On découvre son quotidien, on le voit se soûler dans la chambre d’hôtes minable qu’il occupe. Mais on le voit également à l’œuvre, tentant d’épingler coûte que coûte l’assassin des jeunes filles.

Le personnage principal est bien sûr Louis Schneider, interprété par Daniel Auteuil qui, pour une fois, n’a rien du bon type débonnaire, maladroit et sans grand caractère que l’on connaît de ses autres films. Ici il vacille entre la vie et la mort, entre le coma éthylique et l’état de zombie imbibé d’alcool fort. Il est crado, transpirant, mal coiffé, on a même l’impression de sentir son haleine de whiskey à travers notre écran télé. Ce personnage n’est pas au fond du gouffre, il en est le 4ème sous-sol, là où plus aucun rayon de soleil ne perce l’obscurité.

Justine, quant à elle, est presque aussi mal en point sauf qu’elle n’a pas été inspirée par le réconfort que peut procurer l’alcool. Elle est donc juste atrocement déprimée et apeurée par la libération du bourreau de ses parents.

On côtoie également le fameux assassin des parents de Justine. C’est vrai qu’il a l’air plutôt sincère lorsqu’il prie dans la chapelle de la prison. Mais il est nettement moins convaincant quand il tue de sang froid son camarade de cellule, faisant croire aux gardiens qu’il s’agit d’un suicide. Bref, ce gars-là n’est pas clair, c’est évident.

Et puis comme dans tous milieux policiers, il y a quelques ripoux, quelques corrompus et aussi le brave type qui se sacrifie malgré lui, autant de personnages qui viennent agrémenter les deux heures que l’on passe sous la pluie dans le long-métrage d’aujourd’hui, MR73.


MR73 est un thriller noir et quand on vous dit noir, c’est noir. Mais vraiment très noir. Et froid. Et pluvieux aussi. En effet, on en ressort presque glacé d’avoir passé autant de temps sous cette pluie battante. A croire qu’il ne fait jamais beau à Marseille !

L’interprétation de Daniel Auteuil est à la fois magistrale et surjouée. Depuis quelques temps, il a laissé ses rôles de bon type au placard et nous montre qu’il est tout à fait capable de plonger dans les abysses tourmentés des personnages qu’il incarne. Toutefois, je ne suis convaincue qu’il soit vraiment crédible dans ces rôles si sérieux est sombres. L’étiquette du gars sympa, maladroit, pas très sûr de lui et un peu paumé lui colle tellement à la peau qu’on s’attend à tout moment à le voir se ridiculiser, ce qui, heureusement n’arrive pas. Il reste très cohérent tout au long du film et ne perd jamais en intensité. Intensité peut-être un peu trop marquée justement car son côté « déchet de la société » devient sérieusement pesant au bout d’un moment. On aimerait le voir remonter un tantinet la pente, au moins marcher droit mais même pour ça il a du mal. Mais enfin, quand on sait que le réalisateur a voulu donner un caractère autobiographique à ce film, on en devient compatissant et on est aussi bien content qu’il ne soit plus un policer armé, traînant dans les rues marseillaises !

Le scénario part un peu dans tous les sens… On pensait avoir affaire à une enquête criminelle mais cette histoire de meurtres de jeunes filles sert surtout de trame de fond à la décrépitude du personnage principal. L’enquête est d’ailleurs très vite résolue, sans le suspense que l’on aime habituellement dans ce genre d’histoires. Ici, on ne réunit pas minutieusement les indices, on ne remonte pas la piste petit à petit, on n’interroge aucun suspect… Bref, l’enquête fait partie du décor. Il en va de même pour l’assassin qui sort de prison pour bonne conduite… On voit bien que le but du réalisateur était de montrer ce qu’il a lui-même vécu à travers Daniel Auteuil et son interprétation. Il fallait donc bien meubler un peu car il est clair que sans ces histoires secondaires, il serait ennuyeux de regarder un type se soûler à longueur de journées.

Le véritable point fort réside probablement dans la photographie et la qualité d’image, de ce côté-là, que du bon ! La mise en scène est soignée, l’éclairage glauque à souhait. On en vient quand même à se demander si la police marseillaise œuvre réellement dans des locaux aussi pourris qui ressemblent plus à un squat aux murs délabrés qu’à un commissariat. Mais on ne peut toutefois pas nier que l’ambiance y est, il y a de quoi nous glacer le sang plus d’une fois.

Et à ce propos-là, on peut également souligner que la violence est bien présente, qu’il s’agisse des scènes de crime ou de l’attitude de Schneider. Amplifiée par l’atmosphère oppressante dans laquelle on est plongés, cette violence semble se décupler. Âmes sensibles s’abstenir.

La conclusion vous est donnée par Fun Vidéo, votre spécialiste à Courrendlin et vous verrez, les avis sont plutôt différents, comme quoi le film peut susciter l’enthousiasme chez les uns tandis que d’autres seront moins touchés par l’histoire. A vous donc de vous faire votre propre avis. Voici ce que vous dit Fun Vidéo :

Sombre, viscéral, fatal, MR 73, le nouvel opus de l'ex-flic OLIVIER MARCHAL révèle une étonnante noirceur, de sa surface jusque dans ses entrailles les plus profondes.
Une noirceur rare et indescriptible, littéralement incarnée à travers le personnage principal, celui joué sans faille par DANIEL AUTEUIL, dans une de ses plus grandes interprétations.
Quant à OLIVIA BONAMY, elle est ahurissante avec son visage très expressif et son regard d'enfant qui colle parfaitement à l'histoire et son personnage.
En ce qui concerne PHILIPPE NAHON, il est terrifiant, sa prestation m'a fait penser à celle d'Anthony HOPKINS dans « LE SILENCE DES AGNEAUX », c'est la parfaite incarnation du mal.
En conclusion MR 73 est une pure merveille, c'est le film le plus bouleversant, le plus hypnotique et le plus émouvant qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années.
Encore PLUS FORT que « 36, Quai des Orfèvres » du même réalisateur.
A ne manquer sous aucun prétexte.
BRAVO OLIVIER MARCHAL !!!

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